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Pour conserver le sang et les cordons de nos bébés, une solution existe : essayons là  !
Parmi les grands enjeux de la médecine du troisième millénaire figurent clairement ceux de la procréation, de la prédiction, et de la régénération. Si le premier est déjà sous les feux de l’actualité (assistance à la procréation, bébé médicament ou grossesse pour autrui), les autres semblent plus lointains, alors qu’ils sont pourtant déjà si actuels ! Concernant la médecine prédictive, Google propose déjà via 23andme.com le génotypage des individus et l’annonce de prédispositions génétiques sans précaution ni certitude scientifique, avec des conséquences sociétales dont les médias commencent à se faire l’écho. Dans le domaine de la médecine régénérative, la recherche sur les cellules souches porte en elle l’espoir de limiter le vieillissement, réparer ou remplacer les cellules ou les organes endommagés. Elle nécessite pour cela des choix qui font débat : manipuler des embryons, reprogrammer des cellules adultes, ou encore conserver le sang du cordon ombilical. Quoi qu’il en soit, la société se trouve en situation de devoir répondre à de fortes attentes individuelles, doublées d’enjeux scientifiques et économiques considérables, alors que le besoin de régulation et d’éthique est de plus en plus essentiel ! Nous avons tous mission de protéger l’individu, garantir la solidarité, y compris intergénérationnelle, sans offenser l’avenir. Dans le domaine concret de la conservation du sang de cordon ombilical à la naissance, la position de la France est malheureusement incohérente. Elle s’oppose avec les meilleures raisons aux projets de banques privées, tandis que la collecte publique (d’excellentes qualité et réputation) est un échec opérationnel. A cet égard, la nouvelle loi de bioéthique promulguée à l’été 2011 n’a strictement rien apporté de neuf et de positif en la matière. Rappelons d’abord ici les fondamentaux. Les cellules du sang de cordon possèdent des capacités thérapeutiques exceptionnelles pour les maladies du sang, en grande partie découvertes et révélées en France par le Pr Eliane Gluckman il y a près de 20 ans. En administration allogénique (sans lien entre donneurs et receveurs), elles ont déjà sauvé plusieurs milliers de vies humaines, chez des enfants et des adultes, où elles représentent une alternative aux greffes de moelle osseuse. Leur besoin est de plus en plus important. Plus récemment, on a appris que les cellules du cordon lui-même ou du placenta constituaient également un grand espoir pour le traitement de certaines pathologies dégénératives comme le diabète, certaines affections du foie, du rein, du cœur, ou du cerveau. Ces potentialités thérapeutiques, toujours en cours d’exploration et de validation, existent cette fois en administration allogénique, mais aussi autologue (le don étant dirigé pour l’enfant lui-même ou en situation intrafamiliale). Ces potentialités ne concernent alors pas seulement le traitement des maladies du sang, mais de beaucoup d’autres organes. Dans ce cas, le don autologue, qui constituerait une sorte « d’assurance biologique », n’est actuellement pas possible pour les Français. Résumons la situation. Pour les unités allogéniques de sang de cordon, la carence actuelle de l’organisation de la collecte publique basée sur l’anonymat et le bénévolat nous conduit à recourir à une importation coûteuse, alors que nous avons dans notre pays l’avantage d’une forte diversité ethnique et d’une grande qualité de traitement des échantillons grâce à l’Etablissement Français du Sang. Dans le même temps, des sociétés commerciales privées, agissant depuis l’étranger, démarchent illégalement des familles aisées pour des tarifs, sans contrôles de qualité définis, de plus de 2000 euros. Aucune de ces banques n’a été à ce jour capable de traiter un seul enfant à partir de ces échantillons. Entre la situation actuelle d’un modèle français, gratuit, anonyme, bénévole, allogénique, mais insuffisant, et les appétits d’opérateurs privés proposant un recueil autologue pour quelques privilégiés, une autre voie est possible, celle de conserver demain en France les cordons de toutes les familles qui en feront la demande ! Notre proposition est d’établir une toute nouvelle méthodologie d’appel public à l’épargne de santé, un véritable livret santé étroitement couplé à la conservation du sang de cordon et de cordon des bébés à naître. La famille ayant choisi d’y adhérer, le cordon et le sang contenu dans le cordon sont prélevés au moment de l’accouchement. Celle collection biologique est alors divisée en deux lots bien distincts, le premier destiné à la collectivité (usage allogénique), le second à la famille elle-même (usage autologue ou intra-familial). De plus, pour qu’aucune maman ne soit laissée sur le côté, cette méthode prévoit un mécanisme de droit de substitution auprès d’institutionnels ou d’épargnants « non parturiente » afin de permettre aux familles en manque de ressource de bénéficier tout de même de la conservation du cordon de leur enfant. Une telle banque d’inspiration mutualiste et non plus simplement mixte, résoudrait ainsi l’accès à du sang de cordon allogénique, solidaire, dont nous avons urgemment besoin de développer la disponibilité en France, tout en permettant le pari de la recherche sur les cellules du futur issues d’une conservation autologue. Notre projet est ainsi susceptible de régler le problème de la collecte de sang de cordon et de cordon en France, avec un mode de financement original et, osons le mot, éthique. Cette démarche d’utilité publique permet donc trois avancées majeures. La première est d’offrir aux familles - sans distinction de revenus - la possibilité de conserver le sang de cordon de leurs enfants (pour ne pas limiter l’avenir et se priver de potentialités thérapeutiques demain). La deuxième est d’accroître le nombre d’échantillons d’unités placentaires allogéniques en participant mieux aux échanges mondiaux, répondant ainsi aux objectifs définis dans son rapport par le sénateur Hermange. Enfin, la troisième et non la moindre est de bénéficier de manière récurrente et conséquente de fonds aptes à financer un grand effort national de recherche sur les cellules souches et les thérapies cellulaires. Ce couplage, produit d’épargne solidaire et produit de santé, permettrait de « garder » en France un savoir faire, des compétences, et une recherche de pointe. Il permettrait ainsi de positionner notre pays en fer de lance pan-européen d’une base de sang de cordon de qualité exceptionnelle et ayant l’avantage d’une grande diversité, renforçant le rayonnement de la France en matière sanitaire. Pour finir, la maîtrise du livret et des modalités de collecte, conservation et traitement par l’Etat directement ou par les complémentaires santé via les organismes mutualistes, donnerait toutes les garanties éthiques indispensables, notamment lorsque d’autres services associés, comme le génotypage et la médecine prédictive, se développeront. La France, d’après de nombreux experts, a la capacité de sortir de la crise mieux que les autres, si elle sait mettre à profit deux de ses principaux atouts : ses capacités d’épargne et sa forte natalité. Marions les donc ! Avec la campagne présidentielle 2012 qui approche à grands pas : qui pourrait s'opposer à de telles propositions ? quel grand parti de gouvernement aura la belle et bonne audace de les reprendre à son compte ?      Didier NOUZIES |