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Seule « commodity » précieuse non encore échangée sous forme « papier », tel un château de sable érigé devant la marée montante de la mondialisation et de la crise financière, gageons que cela ne saurait tenir encore bien longtemps.
Pourquoi ? Le diamant est bien entendu la pierre qui possède les caractéristiques physiques et optiques les plus exceptionnelles mais surtout, il a historiquement toujours été soumis à la domination du marché par un seul (la société « de Beers »), ce qui n’a, par exemple, jamais été le cas pour l’autre grande vedette de l’industrie joaillère : l’or. Pour faire simple disons qu’il y a encore peu de temps, de Beers s’arrogeait les mines, creusait, trouvait des pierres brutes et après les distribuait pour que celles-ci soient taillées et ce, quand elle le voulait, à qui elle le voulait, et bien sûr au prix qu’elle seule décidait. Cela a eu pour principale conséquence d’isoler ce marché de tous les autres et ce, aussi radicalement que dramatiquement.
Pour faire bonne figure, la « de Beers » (comme on dirait la Callas), répétait alors à l’envi son fameux credo : « chaque diamant est unique ! ». Il est vrai que le métier est si compliqué, laissez donc faire le grand alchimiste ! Ben voyons !
Unique chaque diamant ? Déjà ça c’est faux ! Si, bien évidemment, les grosses pierres particulièrement pures sont exceptionnelles et par conséquent uniques, l’immense majorité d’entre elles sont nomenclaturées, calibrées et rentrent parfaitement dans des classes de graduation très précises et parfaitement maîtrisées par les deux principaux organismes de certification que sont le HRD à Anvers et le GIA aux Etats-Unis (la fameuse graduation dite des « 4C » : Carat, Clarity, Colour and Cut).
Autrement dit, le diamant est bien un commodity qui s’ignore !
Pour éviter ou retarder cette prise de conscience, de Beers (qui au fond savait tout ça très bien et depuis fort longtemps) a toujours maintenu artificiellement le niveau des stocks au degré qui l’arrangeait et a notoirement sous-investi dans la découverte de nouvelles mines afin, d’une part de conserver son hégémonie, d’autre part de préserver la rareté de la marchandise, et donc au final la trop fameuse réputation d’unicité du diamant.
Mais voilà , depuis, la mondialisation est passée par là et d’autres acteurs sont arrivés dans l’extraction, la production et la distribution de diamants bruts : Alrosa, Rio Tinto et BHP Billiton pour ne citer que les principaux d’entre eux.
De ce simple fait, par exemple, de nouvelles méthodes de ventes de diamants bruts sont apparues autres que les antiques « vues » (« sights ») inventées par la firme. Il faut dire qu’en la matière de Beers avait fait très fort avec l’instauration de cette méthode pour le moins curieuse dont la rusticité le dispute au cynisme le plus britannique qui soit. Pour simplifier, si l’on projetait cette merveilleuse technique commerciale dans l’univers du livre, cela consisterait à obliger un amateur de littérature classique à acheter dans le même lot que le volume de Proust tant convoité, 60 exemplaires du journal de Mickey et à lui fourguer aussi le stock de 25 numéros du « Chasseur Français » qui vous reste sur les bras depuis 20 ans simplement parce que de toute façon ce type assis là , bien en face de vous, ne peut pas faire autrement : vous êtes le seul ! Cartier, Boucheron et autre Wal Mart ont, bien entendu, besoin de pierres pour leurs bijoux de fin d’année !
Depuis, outre la mondialisation, la crise financière est passée par là . Résultat : le centre du monde se déplace encore davantage vers l’Asie, même si l’Europe reste encore à ce jour le plus grand marché d’importation du monde. Les Etats-Unis qui sont une puissance asiatique cherchent en priorité à conforter leur présence sur ce continent, en particulier en essayant d’empêcher toute coalition des puissances eurasiennes, ce qu’elle a pu faire jusqu’à maintenant avec le Japon, ce qu’elle tente de faire avec l’Inde, et les immenses efforts qu’elle entreprend pour contrôler le Moyen-Orient. C’est vrai à tout niveau, tant politique qu’économique, et c’est particulièrement vrai dans le diamant, d’autant plus vrai d’ailleurs que les gisements récemment découverts (et parmi les plus prometteurs en qualité) ne sont plus en Afrique (chasse gardée de la vielle Europe) mais au Canada.
Parallèlement à cela, et principalement dû à l’exercice de cette main de fer posée sur le marché du diamant, on trouve en dessous de la multinationale londonienne un maelström de bourses d’échange, d’entreprises de courtage et de taille toutes aussi sous-capitalisées (donc extrêmement dépendantes des crédits bancaires) que soumises aux bons vouloirs de de Beers au plan opérationnel. Bref on a un secteur économique entier placé complètement sous l’éteignoir.
Par exemple : Quid de ce qui se passe quotidiennement sur le pavé de la très fameuse rue « Hoveniersstraat » à Anvers : rue du diamant et adresse des principales bourses (i.e entendez simplement par là le lieu de leur négociation physique) ?
Les prix des diamants taillés sont actuellement listés dans une sorte de « bible du diamant », la référence absolue du métier, en l’occurrence la fameuse liste « Martin Rapaport ». Celle-ci fixe de façon hebdomadaire les prix de la profession et que constate-t-on : quasiment aucun des prix réels réalisés sur le marché ne correspond aux chiffres listés ! Soit c’est plus cher, soit c’est moins cher, très rarement au prix fixé ! Au « Club » ou au « Vrije » (nom de deux célèbres bourses anversoises), on négocie à « -25% du Rapaport » pour une belle pierre « D/VVS1 » de 1.20 carat, là on traite à « -45% du Rapaport » pour un lot de diamants [H-I]/[SI1-SI2] entre 0.23 et 0.27 carat, et là encore, c’est du « +10% du Rapaport » sur une pierre de 3 carats graduée E/LC/VG-G ! Quand la transaction se réalise « au Rapaport », c'est-à -dire au prix indiqué dans la liste éponyme, c’est exceptionnel ! Bref, on ne sait jamais, globalement, à quels prix partent les pierres et il ne faut surtout pas que cela se sache ! Les prix ne reflètent en fait pour ainsi dire jamais l’offre et la demande réelles et surtout on s’arrange pour que personne ne possède une vision précise de celles-ci.
Mais pourquoi cette complicité de tous dans une telle opacité ? Réponse : parce que cela marche ainsi depuis fort longtemps et que dans ce système où gravitent d’innombrables intermédiaires, ceux-ci « se rincent » littéralement au passage. Ainsi, à titre d’exemple, le coût du diamant brut est tout bonnement multiplié par 7 avant même d’être serti dans le bijou ! Dans ce process opaque au possible, outre la marge - très légitime celle là - du tailleur de la pierre, les autres ne sont que des intermédiaires qui, ma foi, se satisfont très bien de la situation en vigueur. En clair : rareté, fraternité, silence et « unicité » règnent en maître dans la profession du diamant.
Que va-t-il se passer maintenant que les Etats-Unis se rapprochent de l’Asie sur ce marché comme ailleurs ? Les Etats-Unis comme on le sait bien sont les spécialistes incontestés de la finance … les asiatiques, le grand débouché commercial de demain (matin). Dans un premier temps, il va donc falloir fluidifier les circuits financiers et permettre la « couverture à terme » pour les grands acheteurs de pierres (c’est quand même la moindre des choses depuis maintenant 300 ans que cette industrie existe), puis lister des instruments "papier" pour clarifier enfin une vraie loi offre/demande et permettre ainsi l’intervention d’intervenants exogènes qui ne demanderont pas la livraison physique mais détiendront du simple certificat diamant (devenu papier négociable) en espérant que le marché grimpe (intervenants qualifiés, selon l’humeur du chroniqueur qui parlera d’eux, soit d’investisseurs avisés, soit de méchants spéculateurs…).
Cela engendrera des sécurités, de nouveaux produits financiers adossés à ces "futures" et des apports de fonds conséquents, apports dont manque à l’heure actuelle très cruellement le milieu diamantaire (à tous niveaux : mine, taille, joaillerie). Cela permettra notamment de trouver, développer et exploiter de nouveaux gisements (on sait qu’il y en a et on sait à peu près où : cratons archéens), cela concourra à éliminer les intermédiaires inutiles en rationalisant le « pipe-line » de la filière et puis, disons le tout net si l’on ose nous parler de garanties : le collatéral existe dans ce monde comme dans nul autre ! un diamant brut ou taillé certifié HRD-Anvers c’est quand même une sacrée garantie ! Où se situeraient donc les éventuels problèmes de couverture d’instruments financiers couplés à des projets industriels diamantifères aux réserves prouvées, adossés à de véritables pierres dûment et précisément graduées et sous l’égide de vrais tiers de confiance habilités à surveiller er réglementer cela ? Réponse : nulle part !
Les diamants sont un accident géologique extrêmement rare, ils se forment à plus de 150 km sous terre. Composés de carbone pur leur existence tient du miracle. En effet l’élément carbone n’existe qu’à l’état de traces à l’intérieur de notre planète et il faut, pour les retrouver à la surface, un volcan qui plonge à plus de 150 km dans le manteau terrestre. Il n’y en a d’ailleurs pas en ce moment sur terre de tels volcans, ceux connus aujourd’hui n’allant pas au-delà de 40 km. Ensuite la remontée de lave doit être de nature explosive. Cette explosion ne doit être ni trop forte ni trop lente car alors la température ne conviendrait plus (1.500° à 2.000° C sont nécessaires à la formation de la maille cristalline tant convoitée), ou la pression varierait trop (70.000kg/cm2 pour conserver les chances de cristallisation) : en cas de moindre problème, le verdict est sans appel : le diamant est alors transformé instantanément en graphite ou est purement et simplement vaporisé !
Et ensuite, si par exception la précieuse gemme est arrivée près de la surface et a convenablement pu refroidir … il faut souvent compter des siècles pour la dénicher dans sa roche mère (kimberlite le plus souvent) ou dans les gites secondaires, patiemment drainée par les divers jeux aquatiques auxquels se livre régulièrement notre bonne vieille terre. Vous conviendrez que tout ça n’est pas simple !
Bref, des diamants, il y en a très très peu, d‘ailleurs en ce moment aucun diamant n’est attendu vers chez nous avant quelques millénaires. Ca fait un peu long pour le responsable achat de Tiffany ! Le diamant est un donc un survivant dont la source - déjà  excessivement mince - est aujourd’hui tarie ! Donc c’est rare, très rare, extrêmement rare même. Comment voulez-vous alors que cela ne prenne pas de la valeur ! On le sait tous, les besoins en joaillerie eux augmentent sans cesse, notamment avec l’émergence des classes moyennes asiatiques, déduisez donc le reste vous-même.
Je m’ose à un pronostic : Le diamant va très bientôt devoir être coté via un marché à terme, c’est pour moi une certitude, essayons d’éviter que ce soit en Asie (je ne vois d’ailleurs honnêtement pas comment, vu notre dynamisme et notre audace légendaires). En revanche, commençons à réfléchir à des instruments spécifiques permettant de faire de l’innovation pour les investisseurs là -dessus. Franchement ça le mérite.
Ainsi selon des modèles assez élaborés réalisés par votre serviteur, un instrument composite "Or-Argent-Diamant" calibré selon des pondérations bien précises et adossé à un instrument de taux ou de capital judicieusement étudié offrirait des caractéristiques de volatilité et de couverture assez majestueuses.
Pour simplifier il permettrait de traverser sans douleur les (inévitables) crises des habituels sous-jacents de type commodity (précieux ou non, pétrole compris) tout en préservant d’excellentes chances de gain en période de forts gains voire de surchauffe. Bien entendu, tout est dans le réglage du curseur diamant. Ca n’est d’ailleurs pas étonnant tant est déjà fragile et singulière la place du petit octaèdre de carbone dans notre monde si ennuyeux.
Je n’en dirai pas plus, que ceux que cela intéresse me contactent donc ;-)
Didier Nouzies
PS : sinon pour ceux qui projettent de se joindre à  Richard Branson dans un de ses voyages organisés dans l’espace, demandez lui donc de pousser à 50 années lumières vers « Lucy », étoile éteinte récemment découverte à Harvard dont le cœur est un diamant de 10 billion trillion trillion carats et ramenez en, ne serait-ce qu’un milliardième de milliardième, ça ruinera tout ce que je vous ai dit là  ! |