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Bionersis ou comment faire – grâce au méthane – pour se constituer en épure subtile (mais néanmoins odorante) des complexités entrelacées du nouvel ordre écologique planétaire. Comment réussir – toujours grâce au méthane – à articuler tous les aspects prévisibles d’une population mondiale qui d’une part déchette de plus en plus et qui d’autre part veut de moins en moins en payer le prix écologique...
Dans la mouvance « développement durable », Bionersis c’est donc d’abord une vraie spécificité : le gaz méthane de décharge. Ca commence pas terrible me direz vous. Pas des plus glamour en ce printemps naissant il faut bien l’avouer ! Examinons tout de même la suite de l’histoire, cela nous semble en valoir la peine : à partir de cette spécificité méthane donc, Bionersis c’est d’abord une stratégie qui consiste à exploiter un business-model fondamentalement bicéphale : 1/ la dépollution mouvance Kyoto (génération et vente de crédits carbone dits CERs) 2/ la production d’énergie électrique dans la foulée (au cas par cas et si et seulement si c’est jugé rentable au plan local …) Et le tout dans les pays du Sud agréés par les mécanismes Kyoto/MDP (Développement Propre). Le point 1/ est central et prioritaire et conditionne naturellement le point 2/. Rappelons quelques bases « Kyotesques ». Les décharges ça produit beaucoup de méthane et le méthane est théoriquement 21 fois plus nocif que le CO2 dès lors que l’on parle « effet de serre ». Partant de là , ce fameux méthane rapporte donc très logiquement 21 fois plus de crédits carbone (CERs) que le CO2 et, EN PLUS, le méthane est une source d’énergie. Que demande le peuple ? Qui a dit que faire du business à l’ère de l’Internet était devenu exclusivement affaire de virtualité? Donc on résume : d’abord on capte du biogaz de décharge, on le passe en torchère et ensuite on produit de l’électricité (après avoir bien entendu procédé au filtrage des différents éléments chimiques nocifs et corrosifs). Précisons au passage, uniquement pour ceux de nos lecteurs qui ne fréquenteraient pas assidument les décharges en environnement tropical, que Bionersis opère exclusivement sur des sites fermés (non pas par pur masochisme olfactif mais pour des questions de coûts et de faisabilité technique notamment : bactéries anaérobies…).
On aura bien compris que le Business-Model 1/ est sûr et institutionnellement encadré (supervision « Onusienne ») : en gros, le CER revient 5 euros à Bionersis (7 euros quand ca va un peu moins bien) et Bionersis le vend – actuellement – autour de 12 euros. Pour ce qui concerne le 2/ c’est plus aléatoire et pour tout dire très couleur locale. En effet, selon le tarif du KWh en vigueur dans le pays en question, il peut être rentable ou non d’investir dans cette phase 2. Un exemple, le Chili (où la société opère uniquement en phase 1) offre des tarifs d’électricité manifestement non rentables, l’Equateur et la Colombie si. En Thailande (où Bionersis se développe très bien aujourd’hui), on a un coût de revient à 35 euros/MWh et on peut le revendre à 80. Bingo! La société y passera donc goulûment en phase 2 dès que possible (prévu pour 2012).
Au plan purement technique, les installations ont beaucoup de similitudes fonctionnelles avec leurs homologues pétrolières. Précisons que le matériel est standard, assez léger, facile à installer et se monte en quelques jours (hors opérations de génie civil qui, elles, sont sous-traitées à des acteurs locaux). Les équipements sont naturellement agréés Kyoto et la partie noble du métier que constituent l’analyse et le monitoring est parfaitement maîtrisée par la société. Une fois opérationnel, et à la grande différence du solaire et de l’éolien, le site génère une production constante. Dans l’univers « méthane », et contrairement aux installations de production agricoles qui fonctionnent à partir de flux variables (et où donc le réseau de captage constitue une variable d’ajustement délicate et onéreuse), les sites sur décharges tournent à partir d’un stock fixe.
Sur les aspects administratifs de l’enregistrement dit de « Kyoto », les experts mandatés par l’ONU effectuent 2 visites par an. Comme c’est leur passage qui déclenche l’encaissement des CERs vous comprendrez aisément qu’il y a plutôt intérêt à ne pas faire traîner les choses et à être pile « aux normes », et ce du premier coup. En gros, et si l’on est pleinement irréprochable, c’est un décalage de près de 1 an pour recevoir le cash avec lequel il faut habituellement compter. Bionersis insiste particulièrement sur sa grande efficience à ce niveau.
Sur ce plan des pures formalités Kyoto/CER, l’avantage notable avec ce business « méthanier » c’est tout de même que, essentiellement dû aux spécificités techniques du biogaz de décharge et aux méthodologies d’exploitation utilisées, il ne peut y avoir de réelle et sérieuse contestation de la part des experts dépêchés par l’ONU : il y a en effet une vraie mesure « physique » directe du gaz produit. C’est quand même beaucoup plus simple que pour les CERs éoliens ou hydros (calculs et interpolations sur énergie fossile substituée). Précisons que les agents habilités pour réaliser la validation et la vérification des mécanismes MDP/CERs sont les SGS et autres Veritas (attention donc, au vu du pedigree de ces firmes, la tendance inflationniste de ces prestations quasi-régaliennes ne devrait donc guère tarder à pointer le bout de son nez…).
Sur le marché des crédits carbone à proprement parler deux vecteurs structurels prédominent : - A long terme : un mécanisme macroéconomique qui tend à rapprocher le prix de la tonne de carbone des 50 euros à l’horizon 2020. Ceci tout simplement parce que la seule technologie susceptible d’être maîtrisée à cette échéance est le captage-séquestration carbone qui justement coûterait aux alentours de 50 euros la tonne de CO2. - A court terme : l’arbitrage d’un électricien qui démarre une nouvelle installation (gaz ou charbon) est clairement le suivant : calcul du « delta » (coût gaz – coût charbon), puis le choix économique le plus rentable en fonction des éventuelles pénalisations carbone imposées. Avec une pénalité tonne de CO2 à 12 euros ça risque donc de ne pas vraiment fonctionner pour faire diminuer la pollution au charbon. Donc une tendance « politique » également à la hausse pour le prix de la tonne de CO2 peut raisonnablement être anticipée. A charge, il faut tout de même noter au passage que l’Europe et le Japon sont actuellement les seules économies sous quotas de droits à polluer ... cela peut donc poser d’évidents problèmes perturbateurs quant à la fixation d’un prix réputé universel. NB : A préciser également que le marché carbone c’est actuellement, et pour l’essentiel, une affaire concernant le secteur Energétique.
Sur les firmes concurrentes à Bionersis en pur business CER, notons que, selon la société : l’hydro n’a plus vraiment la cote, la forêt ça n’est pas vraiment terrible (sic), et les gaz industriels rares et nocifs (et leurs mirifiques coef bonificateurs de 1000 et plus) ne seront pas reconduits par les futurs amendements du protocole, trop d’abus (re sic).
Parlons business-plan maintenant : En gros un E.ON (la major électrique Allemande déjà partenaire de Bionersis - investit sur les sites et garantit des rachats de CERs) rejette environ 100 Mt de CO2 et provisionne à 20 euros par tonne. Dès 2013, les électriciens auront à payer cash tous leurs quotas. Cette échéance se rapprochant à grands pas, EDF (120 Mt de CO2) a également signé avec Bionersis en 2009 pour se garantir du flux CER afin d’amortir les dégâts.
Sur la rentabilité, et pour simplifier, Bionersis c’est un TRI théorique de 2,5 sur les gros sites exploités et de 3,5 sur les petits sites. Prenons l’exemple de la Thailande : En gros l’installation de Bangkok c’est 8,5 millions d’euros d’investissements au total : 4 pour la phase 1 et 4,5 pour la phase 2. La phase 1, c’est réseau de captage, aspiration du gaz, envoi vers la torchère et le recouvrement du site : 250 000 tonnes prévues par an. La phase 2, c’est 4MW planifiés soit environ un investissement de 1 million d'euros par MW. Si des solutions techniques de stockage existent, il faut préciser que Bionersis en général choisit de ne pas stocker le biogaz. En effet, cela ne vaut économiquement la peine de stocker que s’il y a au plan local une réelle différence de prix entre les tarifs hauts et bas d’électricité (exemple à Mayotte : stocke sur 18 heures) ; c’est assez rarement le cas.
Pour revenir spécifiquement à la Thailande, les 250 000 tonnes par an qui constituent le prévisionnel sont en fait la donnée médiane d’un calcul global se situant à 2,5 millions de tonnes sur 10 ans. Car bien entendu tout cela n’est pas linéaire, le top de production énergétique étant généralement atteint à t0 + 2 ans post mise en service et dégressif ensuite. Précisons à ce sujet que la grande modularité des solutions techniques de Bionersis lui permet de désinstaller des unités de production énergétique au fur et à mesure de la « décrue » naturelle du site (évite ainsi les sous-charges pénalisantes).Et ça bien entendu, c’est à 12 euros la tonne de CO2 pas à 20 ou encore moins à 50 euros ! Avec ses 18 sites en cours, Bionersis a une « cylindrée » actuelle de 13 millions de CERs. Aujourd’hui, la société dispose d’un « pipe » de 60 sites (soit un potentiel théorique d’approximativement 50 millions de CERs). Selon les dirigeants, l’assiette de marché mondiale potentielle peut être estimée à 7,4 Mds de CERs d’ici 2020 si un accord international est finalisé (avec les USA principalement), et à 2,7 Mds si ça reste en l’état. Dans ses prévisionnels, Bionersis vise moins de 1,5% de ce marché.
En termes de concurrence, il est clair qu’en tant qu’agent totalement intégré (industriel et générations/vente de CER), Bionersis est une des sociétés les mieux placées au plan européen. Un tel positionnement nécessite en effet de nombreux talents transversaux rarement regroupés au sein d’une même entité et généralement, les opérateurs de décharge, qui sont issus des métiers de pure ingénierie terrain, ne savent guère mener efficacement et proprement des « dossiers Kyoto ». Dans les « plus » de Bionersis, mentionnons également le fait qu’il est sérieusement question de remonter le méthane à un coefficient « effet de serre » supérieur à ce qu’il est aujourd’hui (21). La raison principale en est que les preuves scientifiques les plus récentes tendraient à prouver que si le méthane met bien environ un siècle pour se dégrader dans l’atmosphère, l’effet nocif est très supérieur en début de cycle (non linéarité beaucoup plus forte que prévu). Or, le calcul du facteur 21 postulait à l’époque la linéarité, cela ne peut donc qu’être révisé à la hausse (coef de 30 ?, de 40 ?, plus ?...).
Au final, il nous semble avoir trouvé chez Bionersis, certes une ambition audacieuse par rapport aux autres acteurs du secteur mais surtout pas mal de pragmatisme. Copenhague a été un échec, c’est sûrement là que se situe la meilleure opportunité pour eux. C’est encore une bien petite société mais ce désenchantement « moutonnier » (tout autant d’ailleurs que l’engouement qui le précédait) ne devrait pas mettre en cause les fondamentaux du secteur et pourrait même procurer une belle avance à Bionersis … en faisant prendre du retard aux habituels « Followers ». Le sujet dans son ensemble est cohérent, circonscrit, se complète et s’articule bien, et si la rigueur continue de répondre présent, cela pourrait constituer un ensemble des conditions pour qu’aujourd’hui, une petite société française dégage des enchainements entrepreneuriaux intéressants et profitables.
Sans s’étendre sur les chiffres actuels (forcément non significatifs sur ce business en vrai démarrage : moins de 2 millions d'euros de CA en 2009 mais à peu près flat quand même), on notera qu’avec une capitalisation de 30 millions d'euros (soit un cours d’environ 9,30 euros) on paierait certes 3,3 fois les revenus prévus en 2011 mais on achèterait surtout 1,2 fois l’EBITDA prévu pour 2012 … ça va. Quant au bilan, environ 15 millions d'euros de capitaux propres, une minuscule dette de 0,5 millions d'euros pour un total de bilan de 22 millions d'euros. Ca va aussi. Seul point gênant, la trésorerie nous semble un peu faible à 2 millions d'euros. |