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La paternité de l’Institut Pasteur (IP et management notamment) confère à cette valeur une indiscutable crédibilité. Spin off de ce centre de recherche académique de notoriété mondiale, la société Cellectis existe à présent depuis 10 ans. Cette société parisienne fait aujourd’hui tout de même près de 12 M euros de CA et déroule un burn rate somme toute très raisonnable pour une biotech « à l’américaine » (i.e « qui embauche et investit sans cesse ») ...
Introduite à la cote en 2007, Cellectis dispose à ce jour d’une trésorerie de 45 M€ (pour un total cumulé des levées se montant environ à 70 M€ depuis sa création). Un P&L aujourd’hui articulé autour de la vente des kits d’ingénierie du génome utilisant la recombinaison homologue et les « méganucléases », ces molécules aux propriétés « rasoir » qui permettent de couper/coller dans le génome, et avec grande précision, des morceaux choisis d’ADN.
Un business long terme axé sur la valorisation de son savoir-faire et de ses IP en ingénierie du génome. Une société biotech qui revendique haut et fort son objectif de vendre des produits fabriqués à partir de ses boites à outils et de ses technologies originales qui, soit dit en passant, sont jugées, de façon assez unanime, remarquables.
Disons le, avoir pour objet social un thème aussi démiurgique que la maîtrise de l’ingénierie du vivant au cœur de l’ADN hypnotise quel que peu le quidam. Appliqué à l’humain c’est une fascination un peu biblique mais chacun reste cependant toujours dubitatif des miracles envisagés. Appliqué au règne végétal c’est - au propre comme au figuré - plus terre à terre, c’est du concret et du lourd … de l’argent pour tout dire. En effet, en parlant d’agrobiotechnologies on cible très directement les semenciers géants, l’industrie du tabac et autres multinationales orwéliennes (Cellectis a d’ailleurs signé une licence avec Monsanto en septembre 2009 – José Bové a, du coup, immédiatement changé l’allocation de son PEA, … il a, parait-il, acheté le coquin ?!?).
Notons bien que, dans son modèle économique, Cellectis ne vend pas de services mais exploite des produits (des kits de « chirurgie » génomique) et des technologies (licences : up-front, royalties).
L’avantage pour les labos clients est on ne peut plus pragmatique, les kits Cellectis permettent en effet une accélération très conséquente et une amélioration prouvée de leur travail d’ingénierie du génome. Quant aux méganucléases biologiquement opérantes, Cellectis en a déjà caractérisées plus de 20 000 à ce jour, et cela continue.
Tout ça c’est très bien, seulement voilà , les thérapeutes et les biologistes sont dans des espaces-temps bien différents : c’est là peut-être le principal danger pour Cellectis, dès lors que son objectif pour les années qui viennent est de développer prioritairement son action dans le champ de la santé humaine. Une autre menace réside dans le fait que nous sommes en France (et non aux US), et que lever de l’argent à répétition (comme l’impose ce mode de développement) pour déplacer le curseur de la simple commercialisation d’outils labo à des applications directes en santé humaine n’est pas à proprement parler une sinécure et peut présenter de nombreux dangers.
D’autre part, sur un pur plan corporate, des docteurs es-science en nombre (et de qualité) n’ont jamais suffi pour articuler une mécanique d’entreprise efficiente et, si les publications de la société ainsi que son trend en dépôts de brevets sont impressionnants (une soixantaine de brevets attribués et un portefeuille de plus de 200 demandes), au stade où en est rendu la société - et rappelons-le, après tout de même dix années d’existence - ces atouts risquent de révéler à présent leurs vraies limites. La notoriété et la qualité scientifique c’est en effet excellent en soi, mais il va falloir très sérieusement penser à se doter d’une force de prescription de terrain (pour ne pas dire de vente, c'est mal vu) se détachant quelque peu de la psychologie académique et couvrant la dure réalité des marchés ciblés. Et là , il faudra de surcroît savoir discriminer et ne pas disperser ses moyens (le spectre des applications génomiques est on l'a vu immense).
Sur un autre plan, tout aussi fondamental, il va être nécessaire de maîtriser sur le bout des doigts l’intégration d’équipes nouvelles et de structures juridiques et financières variées dans une optique de croissance externe que l’on aura bien comprise comme participant au modèle de développement intrinsèque à la société.
La science et la médecine sont rarement sur le même tempo nous l’avons déjà dit … et la finance encore moins. Il va être indispensable que Cellectis parvienne néanmoins à mieux harmoniser tout ça. Donc beaucoup de travail en perspective ! Un atout « de Marché » cependant, la société affirme que, sans toutefois se focaliser dessus, l’équilibre financier devrait être - sans réduction de voilure donc - au rendez-vous en 2012 ou 2013 : dont acte.
Pour revenir sur le plan des fondamentaux scientifiques, le pari business « thérapeutique » de Cellectis repose par exemple sur le fait que ces méganucléases pourraient permettre de détruire un jour radicalement ce barbare du vivant que constitue, pour l’être humain, le virus ; et ce à l’intérieur même du noyau cellulaire qu’il colonise pour s’y mettre bien à l’abri, s’y reproduire et nous détruire : Sida, Herpès, hépatites B, sont donc ciblées. Sacrés défis en perspective ! Dans la cible business « Major Healthcare », cela commence plutôt pas mal car Bayer a récemment signé un accord portant sur les brevets Cellectis pour sa propre R&D (termes financiers non communiqués).
Nous le disions précédemment, en ligne avec de telles ambitions, la stratégie de la société ne pourra être que de chercher à croître jusqu’à atteindre une taille critique sans laquelle elle ne pourra véritablement se réserver l’espace vital dont elle a impérativement besoin sur ses marchés cibles. Parlant de ce que nous avons précédemment évoqué, une première étape de capi de 300 M€ au moins doit selon nous être atteinte sous 3 ou 4 ans sans quoi le modèle de fonctionnement multi-sectoriel lui-même pourrait être compromis. Nous n’avons pas de soucis sur le plan du fondamental académique et appliqué mais cela impliquera bien entendu d’autres levées de fonds. Il va donc falloir faire sérieusement plancher l’ingénierie financière ou prier pour que les marchés soient durablement accueillants … et surtout bien en phase avec le propre timing de la compagnie. A. Choulika (le DG) a donc bien fait de prendre la présidence du lobby professionnel France Biotech.
Pour clore sur le plan du fondamental business, nous sommes d’avis que le domaine des cellules souches, et notamment les iPS offrent à Cellectis un débouché industriel prometteur. Ces découvertes encore très récentes – Pr Yamanaka 2006 - consistant à savoir faire reculer des cellules déjà différenciées (peau, tissus gras) pour induire de la pluripotence (donc une cellule souche) grâce à des manipulations génétiques, nécessitent en effet de la chirurgie et de l’ingénierie cellulaire très fine. Lesdites iPS reprogrammées deviennent après manip capables de se redifférencier ensuite en des types de cellules spécialisées très variés (via les trois composantes pluripotentes amonts : ecto, méso et endodermiques). Les effets engendrés par ces manipulations étant à ce jour incontrôlés (sénescence, effets tumorigènes, affaiblissement des performances de différenciation), cela repousse certainement aux calendes grecques les applications cliniques. En revanche, tout ceci ne rebute évidemment pas les industriels qui y voient dès aujourd’hui un grand intérêt pour soutenir leur croissance.
Et cela les fait même franchement saliver, ceux-ci sont en effet aujourd’hui systématiquement et malproprement éjectés du « matériel cellule souche » (comme ils le nomment très poétiquement) par les émanations de santé publiques et ce pour des raisons éthiques bien compréhensibles. Que veulent-ils faire précisément ces méchants industriels ? Les chimistes, tester leurs différentes échelles de toxicités (cadre programme européen Reach notamment), les pharma, mesurer in vitro l’innocuité puis l’efficacité de leurs nouvelles molécules, les géants du cosmétique, par exemple, vendre en masse du concept d’immortalité en crème (« parce que tu le vaux bien … »). Cellectis a créé une filiale pour exploiter et manager tout ça : Ectycell. Pour conclure, nous dirons que c’est intelligent et bien inspiré. |